Severino Lucas : "Si Le Guen était resté, je me serais adapté à Rennes"

En deux ans et demi, l'attaquant brésilien Lucas a marqué six fois sous les couleurs rennaises. Au Japon, il dynamite les défenses. (Vincent Mouchel)

Dans Le Mensuel actuellement en kiosques, la rédaction revient sur dix ans de recrutement du Stade rennais. Severino Lucas avait été recruté en 2000. Transfert le plus onéreux de l'histoire du club, il n'a marqué qu'à six reprises en championnat. Aujourd'hui, il brille dans le championnat japonais. Il a accepté de répondre à nos questions.

Le Mensuel : Après deux ans et demi en Bretagne, vous avez quitté Rennes pour le Japon en décembre 2003. Vous y êtes depuis six saisons maintenant. Avec le recul, êtes-vous convaincu d’avoir fait le bon choix ?*
Severino Lucas : Pas de doute, j'en suis désormais sûr. Je suis très heureux ici, au Japon. Je n’avais plus ma place à Rennes.

Qu’est-ce qui vous a fait le plus peur en signant au Japon à
Je m’interrogeais beaucoup sur le niveau de jeu. Je ne connaissais rien du football japonais. Avant de signer, j'avais été agréablement surpris par le désir japonais de grandir footballistiquement parlant. Il faut être honnête : le niveau de jeu est encore loin du football européen et sud-américain.

Au FC Tokyo, vous avez marqué 48 buts en 120 matchs. Vous n’avez pas eu de problème d’adaptation ?
Si, au cours des six premiers mois. Les Japonais m’ont simplifié la tâche et m’ont fait énormément confiance. Peu à peu, j’ai trouvé mes marques. Désormais, je reste sur quatre saisons parfaites à Tokyo.

Quel est votre meilleur souvenir japonais à
Je garde en mémoire la victoire en Ligue des Champions d'Asie. Comment ne pas parler des buts décisifs que j’ai pu inscrire pour jouer contre Manchester United en demi-finale de la Coupe du monde des clubs. Quelle immense joie...

Peut-on dire que Severino Lucas a retrouvé au Japon le football qu’il pratiquait au Brésil avant de venir à Rennes ?
Je pense que la comparaison est difficile à faire. Aujourd'hui, je suis un joueur plus complet. A Rennes, j'ai appris à défendre. Je suis devenu un joueur plus polyvalent, capable de jouer dans plusieurs positions. Le Lucas de l'Atletico Paranaense est différent de celui de Tokyo. Déj? parce que je suis plus vieux...

Avec le recul, comment expliquez-vous vos années difficiles à Rennes ?
J'étais très jeune. A peine 21 ans. J'ai été l'un des transferts les plus chers de Ligue 1. Personne ne m'a fait confiance pour jouer mon football. Personne n’a fait d’effort pour s'adapter à mon jeu. J'étais un jeune homme seul dans un monde qu’il ne connaît pas. Aujourd'hui, c’est différent. J'ai une femme et des enfants. Les personnes qui travaillent pour moi m’aident vraiment. A Rennes, mes agents m’ont vendu et ils m'ont laissé subir seul la pression.

Etre surnommé "Monsieur 140 millions de francs" (le prix de son transfert, NDLR), devait mettre une pression énorme sur vos épaules...
Bien sûr. Au départ, je devais jouer à l'Olympique de Marseille. J’avais même parlé à l'entraîneur de l’époque, Abel Braga. Rennes a finalement doublé l'offre. Ce n'était pas ma faute. Rennes était une équipe d’une taille normale prête à payer ce montant sur un espoir d'un bon niveau... Je pensais que j'allais être épaulé. Sauf que lorsque les gens me parlaient, ils n’évoquaient que ce transfert et jamais le football. Monsieur Pinault et l’entraîneur de l'époque, Paul Le Guen, ont été les seuls à m'accorder leur confiance. Je pense que si Paul Le Guen était resté en Bretagne, je me serais adapté à Rennes...

Considérez-vous vos deux ans et demi à Rennes comme un échec sportif ?
Vous n’avez pas le droit de mal jouer dans un club lorsque vous avez été acheté à un prix si élevé. On m’a toujours parlé du montant de mon transfert. Je ne suis pourtant pas le seul joueur a avoir été bon dans un club et moyen dans un autre. Anelka à Paris, Shevchenko à Chelsea, Robinho à Manchester, Luis Fabiano à Porto ou Rennes… C’est normal. Tout cela arrive. Quoi qu’il arrive, j’ai préféré venir au Japon. La proposition était très bonne et le nouveau défi m’intéressait. Désormais, me revoil? à nouveau à mon niveau.

Que gardez-vous en mémoire de vos années rennaises ?
Je n’ai jamais eu de problème à Rennes. Je ne garde que les bons souvenirs. Je me suis fait des amis avec lesquels je suis encore en contact. Le peu de buts que j'ai marqué ont été magnifiques. Les supporters étaient toujours derrière les joueurs...

Gardez-vous des contacts avec vos anciens partenaires à Frei, Gourcuff, Cech…
Je n’ai plus de contacts avec tous ces acteurs. En ce qui concerne Yoann Gourcuff, j'étais persuadé qu'il serait un grand joueur...

Vous étiez proche d’une sélection en équipe nationale avant de venir à Rennes. Malgré vos très bonnes performances au Japon, avez-vous fait une croix sur la Seleçao ?
La sélection est désormais loin de mes préoccupations. Je suis bien au Japon même si le niveau est inférieur. Je suis conscient de n'avoir aucune chance de retrouver une place en sélection.

Vous avez encore quelques belles années devant vous. Quelles sont vos ambitions ?
Je veux continuer à marquer des buts et remporter des titres. J’ai envie de jouer une nouvelle Coupe du Monde des clubs.

A vos débuts dans le football, si je vous avais dit que vous seriez l’un des meilleurs joueurs du championnat japonnais, que m’auriez-vous répondu ?
Je le jure : je n'en avais jamais rêvé. Dieu merci, j‘ai réussi à me faire une place parmi les meilleurs joueurs brésiliens ayant évolué Japon... Si je gagne la J-League, je serais le seul Brésilien à avoir remporter tous les titres possibles au pays...

Benjamin Keltz

* L'interview a été réalisée en janvier suite à un échange de mails. Les réponses de Severino Lucas ont été parfois retravaillées par la rédaction pour optimiser la lecture. Cet entretien ne figure pas dans notre magazine actuellement en kiosques.

 

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