Le Mensuel : Pourquoi mener une enquête sur l'idée que se font les gens d’une fête réussie ?
Benoit Careil : Cette enquête est lancée en prélude à un colloque qui aura lieu à la fin de l’année. L’association Adrénaline produit de la connaissance sur la place de la fête dans la ville. On s’adresse à tous les professionnels qui travaillent sur l’espace public et qui s’intéressent à l’évolution des pratiques festives chez les jeunes. Suites aux problèmes de nuisance et aux prises de risques constatés toutes les semaines, notamment à Rennes, la question « Qu’est-ce qu’une fête réussie à » est vraiment d’actualité. On souhaite redonner aux soirées festives leur place dans le vivre ensemble.
Vous avez mis en ligne un questionnaire auquel les gens peuvent répondre de manière anonyme. Que cherchez-vous à dégager ?
L’association a déj? fait le tour des aspects négatifs des célébrations. Aujourd’hui, on voudrait aborder les aspects positifs et voir comment une population de mille personnes, toutes catégories socioprofessionnelles confondues, de catégorie ethnique, d’âge et de sexe différents les perçoit. On part de l’hypothèse que chacun a besoin de retrouver les mêmes choses dans la fête, même si celle-ci prend des formes divergentes (niveaux sonores variables, assis ou debout, gratuit ou payant…). Dans le questionnaire, on demande : « Racontez-nous un exemple de fête réussie », ou encore « En quoi la fête vous procure du bonheur ? ». Toutes les réponses obtenues révèlent des choses sur l’humain en règle générale. Par exemple, on a découvert que les plus de 18 ans apprécient la présence d’adultes dans les soirées. Ça bouscule les idées reçues ! On voudrait comprendre ce que tout le monde recherche dans la fête.
Jeudi 25 mars avait lieu un apéro géant à Rennes réunissant plus de 4 000 personnes. Que pensez-vous de ce phénomène populaire ?
Les apéros géants s’inscrivent dans la continuité des rassemblements de jeunes qui ont lieu depuis six ans. L’expression « apéro géant » claque plus que « jeudi soir étudiant », mais il n’y a rien de nouveau. Cela correspond au besoin des jeunes de se retrouver sur l’espace public gratuitement et en masse. Ils veulent sortir de leur entourage habituel. Cette forme de rassemblement constitue une provocation par rapport au monde des adultes. Ils prouvent ainsi qu’ils arrivent à se réunir spontanément en nombre dans un même lieu. C’est plutôt jouissif ! C’est clairement le signe d’une jeunesse en bonne santé. Ils prennent des initiatives, ils se rassemblent.
Pour vous, qu’est-ce qu’une fête réussie ?
C’est une fête où il y a de la musique, de la danse, des ambiances et des espaces pluriels. Il faut également qu’il y ait des gens que je ne connais pas. Il doit y avoir de la place pour la créativité ! Ce n’est pas si évident que ça. Ça ne se passe pas toujours de cette manière. Dans de nombreuses fêtes, la musique est trop forte par exemple et on ne peut pas communiquer.
1 réaction
La première conception relève d'une idéologie libérale-libertaire (qui existe dans bien d'autres domaines, avec les dégâts que l'on sait), la seconde d'un besoin de fraternité, de solidarité (que les tenants du chacun pour soit cherchent à ringardiser).
"Faire" la fête malgré les autres, voire contre les autres, ou faire de la fête un moment de rapprochement, du mieux vivre ensemble... ce sont là deux conceptions totalement différentes, inconciliables, contradictoires. Tel est l'essentiel à d'abord trancher sur cette question de la fête.