Bande Annonce de « Sur la dalle ».
Le Mensuel : En installant votre caméra sur la dalle Kennedy, qu'est-ce qui vous a le plus marqué ?
Lauriane Lagarde : J'ai d'abord observé la dalle Kennedy sans caméra. Ce qui m'a donné envie de réaliser un film ici, c'est justement qu'il s'agit d'un endroit pas forcément attirant au premier regard, où l'on n'a pas spontanément envie de vivre. En réalité, c'est un lieu de convivialité, où l'on parle différentes langues et où des gens de différentes générations vivent ensemble. C'est un endroit avec beaucoup de vie, très loin de l'image que les médias donnent des banlieues et des cités. Mon travail a été d'aller à l'inverse des préjugés. Pour réaliser ce documentaire, j'ai passé beaucoup de temps avec les gens qui y habitent ou qui y travaillent.
Avez-vous rencontré certaines réticences de la part des habitants ?
J'ai dû me faire « adopter » en arrivant. J'ai commencé par tourner des images larges des immeubles. Au début, des jeunes ne voulaient pas figurer dans le film. Mais en discutant avec eux, au fil des mois, ils m'ont reconnue. Je ne voulais pas être la énième étudiante qui venait faire un film sur les banlieues. J'ai passé plus d'un an sur ce projet...
En tant que Toulousaine d'origine, quel regard extérieur portez-vous sur le quartier Villejean ?
Je ne parlerais pas d'un regard de Toulousaine, mais plutôt d'une habitante de centre-ville venue s'installer dans ce quartier. Quand on voit ces tours, ces barres, ces cages à lapin comme on dit... L'idée c'était d'aller voir ce qui s'y passe. En fait, Villejean me semble plus convivial que le centre de Rennes : les gens parlent davantage entre eux. Mon rôle a été de mettre en valeur les habitants, de montrer le côté positif de cette convivialité. Je voulais montrer la richesse du quartier, mais aussi une certaine discrimination, la difficulté de trouver du boulot.
Est-ce que votre documentaire a vocation à améliorer la réputation du quartier aux yeux des Rennais ?
Je n'ai pas cette prétention. L'objectif est avant tout de permettre aux gens de réfléchir sur leur identité, sur l'image que renvoie leur cité. Dans le documentaire, il est dit que le quartier continue à avoir une mauvaise réputation. Au-delà de Villejean, même si la dalle Kennedy a été réhabilitée, cela permet de rappeler qu'il existe une histoire spécifique des lieux. La construction des tours de quatorze étages au milieu des champs fait partie de la mémoire de ses habitants. Il ne faut pas oublier que les premiers arrivants étaient contents du confort, etc.
A vouloir valoriser le quartier, ne risquez-vous pas de passer à côté des problèmes quotidiens de ses habitants ?
Jusqu'ici, on a donné une image très négative des banlieues. Mais les gens n'ont pas l'impression de vivre dans une cité ! D'ailleurs, pour moi, le mot cité renvoie au vivre ensemble, cela ne devrait rien avoir de péjoratif. En ce qui concerne la délinquance, le film est assez fidèle à ce que j'ai vécu. A ma connaissance, la dalle Kennedy n'a jamais été un lieu de peur ou de violence. Deux filles du quartier, qui apparaissent dans le film, m'ont d'ailleurs confié hors caméra qu'elles se sentaient plus en sécurité à Villejean qu'à République ou place Sainte-Anne...
Le documentaire Sur la dalle sera diffusé sur TV Rennes 35 vendredi 25 juin à 20 h 40. Rediffusions : vendredi 25 juin – 0 h 05 ; dimanche 27 juin – 20 h 40 ; lundi 28 juin – 10 h 15 et 14 h 15 ; mardi 29 juin – 15 h 45 ; jeudi 1er juillet – 14 h 15.
2 réactions
RÉAGIR