Dal 35 : "Une centaine de personnes sont hébergées grâce à nos réquisitions"

Yannic Cottin, membre du Dal 35 (photo R. Joly).

Depuis un an, l'association du Dal 35 loge des demandeurs d'asile à la rue. Les militants réquisitionnent des logements abandonnés au risque d'agacer la municipalité.

Le Mensuel : Le week-end du 15 août 2009, l'association du Droit au logement, fraichement constituée, lançait sa première réquisition pour loger des demandeurs d’asile à la rue. Après un an d'activité, quel bilan tirez-vous ?

Yannic Cottin : Une centaine de personnes sont actuellement hébergées grâce aux réquisitions du Dal. Depuis le 1er mai, nous avons ouvert trois nouveaux lieux laissés à l’abandon. Faute de mieux, ces demandeurs d’asile sont contents. Ils ne galèrent pas à essayer de trouver une solution d'urgence tous les soirs. Voilà le bilan que nous pouvons afficher. C'est aussi notre manière de prouver que plus d'une centaine de personnes sont à la rue. Sans nous, il n’y aurait pas de solution pour eux… A l'origine, nous souhaitions sensibiliser les politiques à la problématique.

Finalement, le Dal a été tellement actif que l'association est désormais assimilée à un rassemblement de "gueulards professionnels"...

C’est tellement facile de dire que nous sommes des agités… A chaque fois que nous sommes intervenus en mairie avec des demandeurs d’asile, des femmes enceintes, des enfants… la réponse a été la même : « Nous n’avons pas la compétence pour gérer ce problème. » Aucun élu socialiste n’a été capable de dire publiquement qu’il y a un problème et taper du poing sur la table auprès de la préfecture. Sommes-nous agités ? Qui ne le serait pas ! Nous avons réclamé un rendez-vous avec le préfet et le maire. Nous attendons encore… Nos questions restent toujours sans réponse...

La municipalité a assigné en justice les demandeurs d’asile qui occupaient un bâtiments ouvert par vos soins. Vous attendiez-vous à une telle réaction ?

Comme tout propriétaire, la mairie veut récupérer son bâtiment. Ça ne me dérange pas si ensuite la municipalité nous dégote une solution... Cette institution œuvre à la marge. Cet hiver, femmes et enfants n’étaient plus à la rue grâce à sa discrète action. Aucune solution n’a été apportée au problème dans sa globalité. L'équipe municipale est tellement disciplinée que même les élus les plus humains et sociaux dans l’âme ne l’ouvrent pas !

Le Dal est composé d’une poignée de militants actifs. N’êtes-vous pas usés au point de baisser les bras ?

Nous ne sommes pas fatigués. Nous avons beaucoup appris cette année. Nous savons désormais réquisitionner des lieux. Les endroits sont « ouverts » par nos soins le mercredi. Le jeudi, nous ramenons tout le monde. Nous y restons sans faire de bruit quelques jours et communiquons sur notre action le lundi. Le délai de 24 h est ainsi passé. Le texte de loi empêche toute expulsion sans jugement.

La relation entre le Dal et le Collectif de soutien aux sans-papiers a souvent été tendue. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Nous ne sommes pas dans le même registre. Nous cherchons des solutions pour le logement des demandeurs d’asile, le collectif œuvre pour les sans-papiers. Lors de notre création, il y a effectivement eu de nombreuses tensions. Certains de leurs membres ont été choqués par nos méthodes. Finalement, nous leur avons prouvé que nos actions pouvaient solutionner des situations compliquées.

Mots clés :
Auteur : Benjamin Keltz
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