« Je peux finir mon Pastis quand même ? » « Oui mais alors cul sec. » Il est l'heure de l'apéro dans le hall 5 du Salon international de l'agriculture (Space). Au comptoir d'un stand de produits du terroir, un retraité, casquette vissée sur la tête, essaie tant bien que mal de terminer son verre, entouré par plusieurs gendarmes mobiles. L'ordre d'évacuation du hall 5 vient d'être donnée. Et les fonctionnaires raccompagnent fermement les manifestants, le public et les exposants vers la sortie. Une fois vidé, le vaste bâtiment est verrouillé à double tour. « Une première », observe Claude, salarié du Crédit agricole et vieil habitué du Space.
300 millions d'euros sur trois ans
Lundi, les producteurs en colère avaient promis des actions à l'occasion de l'inauguration de cet événement qui marque la rentrée de l'agriculture française. Chose promise chose due : plusieurs centaines de producteurs et d'éleveurs du grand ouest ont fortement perturbé la venue du ministre Bruno Le Maire, avant de dégrader plusieurs stands du Hall 5. La plupart d'entre eux arboraient notamment la casquette jaune de l'EMB (European Milk Board), une organisation européenne minoritaire de producteurs de lait, ou les couleurs de la Confédération paysanne, la Coordination rurale, l'Organisation des producteurs de lait ou l'Apli (association des producteurs de lait indépendants).
L'an dernier, Bruno Le Maire avait choisi d'aller au contact des manifestants, malgré une ambiance déjà tendue. Cette année, le ministre s'est fait beaucoup plus discret. Il a proclamé son discours à huis clos dans un pavillon de la région entièrement bouclé par les forces de l'ordre. Il a détaillé un plan d'aide pour l'élevage dont les grandes lignes ont été révélées ce matin dans Le Télégramme.
"300 millions d'euros sur trois ans (2011-2013) vont être débloqués pour financer ces plans de développement (de l'élevage, ndlr)", a annoncé le ministre devant une salle triée sur le volet. Les aides ont pour objectif de "consolider" les filières laitières, bovines et porcines, mises à mal par les prix bas à la production et l'envolée récente du prix des céréales. Le ministre a aussi annoncé un soutien d'urgence de 30 millions d'euros pour les agriculteurs les plus en difficultés. Cette aide pourrait aider certains paysans, trop endettés, à quitter la profession. Un plan jugé insuffisant par les producteurs et éleveurs, qui ont hué le ministre mais aussi Jean-Michel Le Métayer le président de la FNSEA, appelant à leur démission.
Stands mis à sac, militants interpellés
Face à la pression des manifestants, les gendarmes ont fait usage de gaz lacrymogène. Plusieurs projectiles (sacs emplis de bouses de vaches, tiges en fer, bouteilles) ont été lancés. Les personnalités ont été contraintes de quitter le salon par une porte dérobée, sous la protection des forces de l'ordre. Pour la deuxième année consécutive, le ministre de l'agriculture n'a donc pas pu visiter le Space.
Vers 12 h, environ 500 manifestants se sont rendus dans le hall 5, l'un des principaux bâtiments du Space. Là, ils ont littéralement mis à sac les stands des JA-FNSEA, du CNIEL (interprofession laitière) et du ministère de l'agriculture. Quelques coups ont été échangés entre syndicalistes, sans faire de blessés. « Il faut se demander pourquoi les agriculteurs s'attaquent à ceux qui les représentent dans toutes les instances de décision et de négociation », indiquait un porte-parole de la Confédération paysanne. Ces syndicats minoritaires reprochent à la FNSEA les accords signés dans le cadre de l'interprofession laitière sur le prix du lait. Plus généralement, ils dénoncent l'emprise de la FNSEA, seul syndicat à siéger dans des interprofessions, là où se décide la politique des filières.
De son côté, la FNSEA a publié un communiqué dénonçant la destruction de leur stand.
Le hall 5 a été temporairement évacué par les gendarmes mobiles intervenus une demi-heure environ après le début des échauffourées. Là encore, les fonctionnaires ont usé de gaz lacrymogène. Deux militants de la Confédération paysanne ont été interpellés.
3 réactions
la fnsea et jml en particulier deviennent autistes profonds, adeptes de la mémoire sélective et du faites comme je dis ne faites pas comme je fais
ils ont depuis des décennies confisqué toutes les présidences , décidé de toutes les manifestations et aujourd'hui jouent les vierges outragées quand des manifestants qui ne sont pas de leur bord " s'en prennent" à leur stand en oubliant entre autre le saccage du bureau de voynet, les attaques de perception, de la sncf et de nombreux lieux publics , j'en passe et des meilleurs,
peut etre qu'une autocritique , mais en sont ils capables?, ne leurs ferait pas de mal ; on ne sait jamais peut etre vont ils redescendre sur terre et s'apercevoir qu'ils se font rouler dans la farine par un ministre et un president plus soucieux des industriels que des paysans
il faut aussi évoluer : il est aberrant de voir des pseudo paysans vivre grassement des responsabilités acquises au fil des dizaines d'années , et quand l'heure de la retraite sonne s'accrocher aux branches en gardant, pour un certain jml qui l'a déjà annoncé, la sopexa, le space, le ca, la ca etc.. il ne peut s'empêcher de cumuler avec ses retraites futures, il ne faut pas oublier l'adage: les cimetières sont peuplés de gens indispensables
il est temps de changer les statuts :d'interdire le cumul des mandats et de fixer un nombre de mandats maximum ou un temps limité à x années par organismes;
il faut que cette spirale, de confisquer les mandats entre copains et coquins, cesse c'est l'avenir de l'agriculture et de ces organismes qui est en jeu
Comment garder "la main" dans des discussions...après avoir saccager le stand de leur propre syndicat?
il faut dire que j'avais eu l'imprudence de vouloir traverser au passage clouté, ça se fait pas… Quelques véhicules m'ont frôlé alors que j'étais au bord du passage, renonçant à traverser, et je sentais presque chez certains conducteurs la tentation de faire un carton… On oublie vite les préceptes de sécurité qu'on est obligé faire respecter dans ce cas…