Argent de l'Eglise : les quatre vérités de l'archevêque
"Le Mensuel" n°22, en kiosque ce vendredi, consacre un dossier complet à l'argent de l'Eglise en Ille-et-Vilaine. Retrouvez l'intégralité de l'entretien réalisé à cette occasion avec Pierre d'Ornellas, archevêque de Rennes.

Retrouvez notre dossier complet consacré à l'argent de l'Eglise en Ille-et-Vilaine dans Le mensuel n°22, en kiosque ce vendredi.

Le Mensuel : Selon un sondage réalisé en 2003, 52% des Français pensent que l’Eglise catholique est riche. Ont-ils raison ?

Pierre d’Ornellas : Personnellement, je ne pense pas. D’où vient cette impression ? Sans doute de la confusion entre les bâtiments et la richesse. Mais les églises, propriétés des communes, sont le fruit d’une longue histoire patrimoniale. Des chrétiens ont donné de leur poche pour les bâtir.

Le faste du Vatican n’entretient-il pas cette idée ?

C’est possible. Mais qu’est-ce que vous voulez faire de Saint-Pierre-de-Rome ? On ne va pas le raser ! Je pense que la beauté et l’intériorité sont des lieux essentiels de la condition humaine. La beauté de la liturgie n’est pas un faste. Je comprends que l’image telle qu’elle est véhiculée puisse prêtée à confusion… Comme toute image… Cela peut aussi sembler contradictoire avec un certain idéal de pauvreté inhérent au catholicisme… Je suis frappé de voir que des hommes d’Eglise au Vatican vivent pauvrement. On ne sait pas par exemple que le fameux cardinal Casaroli, ex-ministre des Affaires étrangères (le titre exact est secrétaire du conseil pour les affaires publiques, NDLR), dès qu’il avait un moment de libre, allait visiter des prisonniers. Il vivait pauvrement.

L’Eglise de France est clairement moins riche que certaines de ses voisines. La loi française est-elle préjudiciable aux finances de l’Eglise ?

Oui et non… Oui, parce que quand la loi de séparation des Eglises et de l’Etat a été votée, cela a été très difficile. Il a fallu trouver de l’argent, notamment pour payer les prêtres. Mais non, parce que cela a obligé les catholiques à manifester le désir de faire vivre leur Eglise en donnant. C’est une chance. Qu’est-ce qui est le plus important dans l’Eglise ? La conviction personnelle. L’Eglise en France ne repose que sur ça.

L’Eglise française a également besoin de ne pas payer le loyer de ses presbytères pour pouvoir vivre. Or, de nombreux presbytères appartiennent aux communes. C’est donc une forme de subvention…

Ces presbytères ont été construits par qui ? Bien souvent pas par les mairies. Il ne faut pas être amnésique… Mais il y a beaucoup plus important : est-ce que nous considérons que la dimension spirituelle fait partie du vivre ensemble et du bonheur d’une société ? Beaucoup de municipalités reconnaissent l’importance du prêtre dans leur commune. Le fait que certaines communes décident d’augmenter ces loyers vous inquiète-t-il ? Ce qui m’inquiète, c’est que ces communes ont de vrais problèmes financiers.

"Il n’y a pas de retour sur investissement"

Longtemps, la question de l’argent a été taboue dans le catholicisme français. Cela a-t-il nui à la bonne santé financière de l’Eglise française ?

C’est sans doute vrai. Il fallait une révolution intellectuelle autour du rapport entre la foi et l’argent, pour pouvoir parler clairement du sujet. Or, cela n’est possible que si l’Église, au nom de sa foi, réalise des projets. Je ne vois pas comment je peux demander à des chrétiens d’aller auprès de personnes démunies ou des jeunes sans leur en donner les moyens.

Cette révolution a donc été faite ?

Oui. Si la campagne du Denier a pu être réalisée, c’est que cette révolution a eu lieu. Même si la génération des chrétiens les plus âgés peut parfois avoir du mal à comprendre ces procédés.

Les finances du diocèse de Rennes se portent globalement mieux que celles d’autres communautés catholiques de France. Pensez-vous que cette situation soit durable ?

C’est exactement comme la bicyclette : on ne tient en équilibre que si on avance. Il y a beaucoup de choses à faire du point de vue du christianisme en Bretagne. Pour les personnes âgées dépendantes, par exemple. De même, je ne peux pas accepter qu’il y ait tant de jeunes qui se suicident. Je suis donc obligé d’avoir des projets. Leur financement n’est possible que si le projet rallie les convictions. La situation n’est pas préoccupante si les chrétiens comprennent qu’ils ont quelque chose à faire. Ce n’est pas tout à fait comme une entreprise. Il n’y a pas de retour sur investissement. Tout est basé sur la conviction. Vaste chantier… Il y a une phrase, dans la Bible, qui dit : « La charité est inventive »…

Vous semblez très pragmatique…

Si ça coûte un euro, ça coûte un euro, point final. Si ça coûte un million, ça coûte un million. Je suis pragmatique, mais je suis confiant.

"L’Eglise a des activités considérables"

Certaines paroisses du département connaissent une diminution du montant des quêtes. Cela ne ternit pas votre confiance ?

Non. Ce serait raisonner à courte vue. La population d’aujourd’hui ne vit pas comme celle d’hier. Beaucoup de gens qui vivent à Bain-de-Bretagne travaillent à Rennes, par exemple. Le montant des quêtes baisse dans certains endroits, mais ce qui compte, c’est le montant référé à la population. Dans certaines communes, il n’y a plus de messe tous les dimanches.

Cela représente-t-il un risque financier pour le diocèse ?

Non… L’activité pour les jeunes, par exemple, est telle que nous pouvons investir pour l’augmenter. Si vous réduisez l’Eglise et ses finances à la quête dans chaque clocher, c’est courte vue. Je connais des chrétiens qui sont capables de donner pour que des jeunes participent à un camp. Quand nous organisons une activité jeunesse à Saint-Malo, il y a 1 600 collégiens qui débarquent ! L’Eglise a des activités considérables qui ne sont plus liées à la seule pratique dominicale. Et regardez le nombre d’églises qui ont été construites à Paris ! Quand j’étais évêque là-bas, j’en ai vu douze sortir de terre.

En France, certains maires détruisent l’église communale, faute d’argent pour l’entretenir et de chrétiens pour s’y opposer. Cela peut-il arriver en Ille-et-Vilaine ?

Un maire des Côtes-d’Armor pensait détruire son église. Il a fait un référendum, la population a dit non... Je pense qu’une société ne peut pas vivre sans symboles. Tous ceux qui ont voulu transformer radicalement une société en la faisant à leur idée ont commencé par détruire les symboles.

Certains maires n’organisent pas de référendums…

Cela m’interroge sur le fait qu’on ne tienne pas compte, dans la gouvernance d’une société, de ce que pensent les gens sur le terrain.

Que feriez-vous si cela arrivait dans votre diocèse ?

Je demanderais un référendum dans la commune (sourire)… Je constate que les chrétiens sont aux premières loges quand il faut aller au charbon ! Ils sont actifs dans la solidarité et ils sont attachés à leur foi. Nous avons une histoire. Notre tradition continue. Cela est signifié et porté par l’image du clocher. Vous savez, il y a peu de gens qui ne sont pas en recherche de Dieu. Ce qui le symbolise n’est pas sans importance.

"l’Opus Dei est autonome par rapport au diocèse"

La campagne publicitaire pour le Denier dans l’Ouest fonctionne plutôt bien. Prenez-vous cela comme un plébiscite pour une modernisation de la communication et du financement de l’Eglise ?

Ce n’est pas un plébiscite pour les moyens de communication, c’est un plébiscite pour ce que fait l’Eglise. Une preuve que ses projets intéressent les catholiques. Ça ne m’étonne pas, parce que ça fait 2 000 ans que ça dure… C’est donc un plébiscite… Oui, si vous voulez. La communication a été réussie car elle oblige à s’interroger. A cet égard, la campagne de communication de l’année dernière est remarquable.

Est-ce annonciateur de nouvelles « innovations » ?

Il n’y a pas de raison de ne pas continuer. Vous êtes bien placé pour savoir qu’on est dans une société de communication…

Le diocèse ne roule pas sur l’or. En parallèle, certaines communautés, comme l’Opus Dei, disposent de moyens conséquents. Y a-t-il une Eglise à deux vitesses ?

Personnellement, je ne la vois pas, cette Eglise à deux vitesses. Si elle existait, je ferais le nécessaire pour que cela change. Il n’y a pas de générosité à deux vitesses. Ou on est généreux, ou on ne l’est pas. Je reçois des lettres accompagnant des dons pour le Denier qui sont extraordinaires de générosité alors même que le montant est tout petit.

Pourtant, l’Opus Dei recrute majoritairement parmi les classes sociales supérieures…

Je suis évêque du diocèse. Du point de vue du fonctionnement pratique, l’Opus Dei est autonome par rapport au diocèse.

Mais il a à voir avec l’Eglise…

Vous établissez un jugement comme quoi l’Opus Dei recrute parmi les personnes aisées. Je n’en suis pas convaincu personnellement, notamment quand je rencontre des personnes sur le terrain. Peut-être que c’est cela qu’on vous donne à voir, mais je n’en suis pas convaincu. En tout cas, je ne crois pas qu’il y ait d’Eglise à deux vitesses.

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Mots clés :
Auteur : Nicolas Legendre
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