Le Mensuel : Suite à la fermeture du squat de la rue Postel, où des dizaines de demandeurs d'asile s'entassaient, le préfet avait promis la création de 60 places d’hébergement en Cada avant le 31 mars. Qu’en est-il ?
François Hamet : En Ille-et-Vilaine, le nombre de demandeurs d’asile augmente beaucoup plus vite que la moyenne nationale. Cela représente une hausse annuelle de 40% dans le département contre 15% en France. En Ille-et-Vilaine, nos services avaient recensé 272 demandes d’asile en 2007. En 2010, il y en a eu plus de 900. A ce rythme-là, nous ne pourrons jamais fournir des places de Cada pour tout le monde.
Suite aux événements de décembre, le préfet s’était engagé à créer 65 places de Cada. Elles ont été réparties en Bretagne. Cela correspond à la hausse nationale. Michel Cadot a aussi obtenu la mise à disposition de 25 places supplémentaires dans d’autres régions. Il a plaidé pour une meilleure mutualisation de l’offre française.
Cela ne semble pourtant pas suffisant. Une centaine de demandeurs d'asile squattent, par exemple, un bâtiment ministériel rue de Fougères...
En Ille-et-Vilaine, il existe 369 places de Cada. 182 en pré-Cada. Lors de la période hivernale, la préfecture ouvre une centaine de places d’hôtel. Notre dispositif de mise à l’abri hivernal permet aussi de loger 112 personnes. Il existe donc 760 places d’hébergement. Malgré tous nos efforts, cela ne suffit pas à endiguer l’augmentation exponentielle de demandeurs d’asile. La préfecture s’attache à régler prioritairement les situations les plus urgentes : familles, femmes enceintes, malades… Au squat de la rue de Fougères, nous avons relogé 25 personnes.
L'association Droit au logement martèle que l’Etat est dans l’obligation légale de loger ces personnes…
C’est juste. On ne peut pas considérer que toutes les personnes recensées dans ces squats ont vocation à être hébergées. Certains doivent être reconduits à la frontière. Pour éviter d’en arriver là, des étrangers se mutilent pour que leurs empreintes ne soient pas reconnues. Ils agissent de la sorte parce que leur situation ne leur permet pas d’être reconnu comme réfugié par l’Ofpra. Peut-être ont-ils déjà été déboutés de leur demande d’asile dans d’autres pays européens.
Ce jeudi 31 mars, la trêve hivernale est suspendue. Votre dispositif hivernal de "mise à l’abri" et la mise à disposition d'une centaine de chambres d’hôtel seront suspendus. Des centaines de demandeurs d’asile seront donc voués à dormir à la rue ou dans les squats. Non ?
Une chose est sûre : la trêve hivernale s’arrête au 31 mars. Malgré cela, nous allons continuer de régler les problèmes avec pragmatisme et au cas par cas...
Cet afflux massif de demandeurs d’asile à Rennes résulte d’une politique nationale. Un étranger ne peut entreprendre ses démarches ailleurs que dans la capitale régionale. Avant, cela était possible dans tous les départements bretons…
Depuis la régionalisation du traitement des demandeurs d’asile, la borne Eurodac est installée uniquement à Rennes. Chaque demandeur d’asile doit donc faire le test ici. Une fois cette procédure effectuée, un demandeur d’asile peut être domicilié ailleurs. S’il l’est dans le Finistère, la procédure peut être effectuée là-bas. Ce système ne fonctionne effectivement pas comme il devrait. Le préfet a lancé un appel à la solidarité des autres départements.
En mars, la Cour européenne des droits de l’Homme a réclamé des explications sur le squat de la rue de Fougères. Où en est la procédure ?
Elle suit son cours. C’est une procédure particulière. L’Etat français a présenté son mémoire sur les éclairages réclamés par la Cour européenne. Nous attendons la suite. Sur un plan juridique, ce recours n’est pas suspensif.
Vous sous-entendez que le squat de la rue de Fougères peut être évacué par les forces de l’ordre ?
Cette situation ne peut pas durer. Quoi qu’il arrive, nous continuerons de gérer chaque dossier au cas par cas.

Autre argument:la préfecture s'applique à gérer les cas des familles et enfants. Comment se fait il qu'aujourd'hui des familles avec enfants en bas âge soient à la rue ? La préfecture gère au cas par cas? La réalité semble plutôt montrer une volonté de laisser se dégrader la situation jusqu'à pousser les personnes au plus grand désespoir. fi des paroles! ouvrez les yeux!!!!!