Kapisa, kalachnikov et korrigan. Tel est le titre du dernier cahier de l’Irsem, qui décortique l’action menée par les militaires du 3è Rima de Vannes lors de leur mandat afghan fin 2009-2010. Rédigé par Guillaume Lasconjarias (et signalé par le blog Ligne de défense), ce rapport, très factuel, illustre la complexité de l’engagement en Afghanistan.
Au-delà de l’action du « 3 », il éclaire sur le boulot compliqué (et méconnu) des soldats occidentaux déployés dans cette petite province montagneuse, grande comme la moitié du Morbihan, à 75 kilomètres à l’est de Kaboul et dont la sécurité est confiée aux Français depuis 2008.
« Champs de bataille de la perception »
Guillaume Lasconjarias y expose notamment la stratégie de « contre-rebellion », développée à l’époque par l’ancien patron de l’ISAF, le général US Stanley McChrystal et adaptée par le chef de corps du 3è Rima, le colonel Francis Chanson, sur le terrain en Kapisa.
Tenant compte de cette stratégie, le 3è RIMa, a, dès le début, envisagé « de frapper les esprits plus que les corps » en adoptant une tactique visant à séparer les groupes insurgés de la population.
« Dans tous les cas, il convient d’agir en direction et en faveur de la population, indique le rapport. Dans ce type de conflit, la maîtrise du champ médiatique est essentielle. Le message et la mise en scène importent autant que les résultats. Le nouveau champ de bataille est celui des perceptions. »
Cette stratégie "contraint" les Français à graduer leur réplique en cas d’attaque (lire Le Mensuel d'octobre 2009).
Elle nécessite aussi une connaissance globale du théâtre, bien au-delà des simples considérations militaires. Lutter en Kapisa implique de savoir répondre aux questions essentielles, citées par l’Irsem : « Qui sont ces gens ? De quoi ont-ils besoin ? Quelle est leur histoire ? Par quoi sont-ils guidés ? Qui dois-je contacter ? » etc.
Rébellion "opportuniste et disparate"
Kapisa, kalachnikov et korrigan brosse un profil des "gars d'en face", loin de l’image des Talibans véhiculée par la représentation collective. « Il n’y a pas un ennemi en Kapisa qui est peuplée de Tadjiks au nord et de Pachtouns au sud. Il y a, en fait, un mille-feuille d’insurgés, explique notamment le colonel Chanson, cité par l’Irsem.
"Des intermittents qui combattent contre quelques billets quand l’activité agricole décroît. Des trafiquants en tout genre, notamment de drogue, qui font régner une insécurité criminelle. Et puis, on trouve des groupes de combattants plus déterminés comme le HIG (proche d’Al-Quaïda mais ennemi des talibans), des talibans d’autres provinces et de véritables étrangers.
"L’insurrection est opportuniste. S’ils ont des intérêts communs, ils coopèrent entre eux. S’ils ont des rivalités, ils peuvent se battre entre eux. On a pu le constater. Il n’y a pas de général en chef qui mène la manœuvre contre les forces de la coalition." La Kapisa compterait 4 à 500 insurgés.
Le rapport de l’Irsem s’étend assez peu sur les résultats, difficilement quantifiables, obtenus par le 3è RIMa. Il note simplement "qu’après un nombre conséquent d’engagements et de pertes infligées, le nombre de rebelles reste constant".
Un millier de soldats français opèrent toujours en Kapisa. Parmi eux figure une trentaine de militaires vannetais, chargés de former leurs homologues afghans.
3 réactions
L'indifférence totale sur la mort ou le traumatisme de nos soldats...sur nos "capacités" réduites à monter des relèves...sur les difficultés pour ces familles à surmonter ces absences, ces angoisses, ces douleurs...RIEN
Bien plus facile de donner un avis sur du futile que sur du sérieux!
Sur l'Afghanistan, combien de reportages? Combien d'images "françaises", combien de rapports ou de retours d'expériences publiés? RIEN. Les images sont gardées "au chaud", pas 'image de guerre, de nos hommes déchiquetés ou hurlants de douleur! Les Soldats sont des Hommes formés, aguerris et entraînés au combat. Leur mission, celle d'un soldat RIEN D'AUTRE!...Pas garde barrière, pas "déclencheur de pièges", pas "pacificateur", pas prosélyte, pas distributeur de rations,...
Se faire tuer par embuscade par une partie des personnes qui ont partagé le thé la veille…où se situe le problème? Pas dans la tête du Soldat…mais dans la mission que le "Politique" lui a confié!
Alors…on peut "gamberger" tranquillement en France…et réfléchir pour "donner du sens" à une action…qui n'en a plus. Je formule le souhait que nos Garçons rentrent entiers à la maison, pas trop traumatiser des "actes manqués" de leur séjour…