Le Mensuel : Vous considérez-vous comme l’initiateur de la réussite socialiste dans la région rennaise à partir des années 70 ?
Edmond Hervé : J’ai eu la chance d’appartenir à un collectif fantastique. J’y ai pris ma part. Entre 1977 et 2008, le conseil municipal de Rennes a toujours disposé d’un programme. Toutes nos décisions ont été délibérées de manière collective. Mais ces décisions ont bien été portées par des leaders… Ah, oui… Il faut aller au charbon !
Josselin de Rohan (ex-sénateur du Morbihan, figure historique de la droite bretonne) déclarait récemment que l’arrivée au pouvoir du PS en Bretagne pouvait s’expliquer par la convergence avec les réseaux syndical, enseignant, associatif et maçonnique. Approuvez-vous cette analyse ?
Je pense que les enseignants ont fourni une part importante au PS. C’est indéniable. Il y a eu des convergences entre les thèses syndicales et les thèses socialistes. De très nombreux adhérents de la CFDT ont adhéré au PS. Quant au réseau maçonnique, je ne m’étendrai pas à ce sujet (en préambule à sa réponse, Edmond Hervé a critique la tendance des médias à « vendre du papier » en utilisant la thématique de la franc-maçonnerie).
Culturellement, éthiquement, socialement, il y a eu une rencontre forte entre les Bretons et le PS. Cela implique une série de convergences. Entre la ville et la campagne, par exemple.
"il n’y a pas de de clientélisme"
En 2008, le comité de soutien de votre successeur Daniel Delaveau, que vous présidiez, comportait de nombreux responsables d’institutions locales. Que répondez-vous à ceux qui dénoncent la mise en place, parallèlement à l’affirmation du Parti socialiste dans la région rennaise, d’un système clientéliste ?
Ce raisonnement est faux. Les gens appartenant à un comité de soutien sont libres. Je suis très respectueux de la liberté des uns et des autres. Le clientélisme et la dépendance sont les choses les plus exécrables qui puissent exister.
Sans parler de clientélisme, force est de constater qu’il existe un réseau socialiste à Rennes…
Cela fait partie de la liberté des gens et cela fait partie d’une évolution naturelle. Il peut y avoir des convergences personnelles, mais il n’y a pas de filet hiérarchique ni de clientélisme. Nous avons démontré notre capacité à gouverner, à agir et à respecter le pluralisme.
"Si les gens n’étaient pas d’accord, ils pouvaient le dire !"
Au sein du Patri socialiste d’Ille-et-Vilaine, certains militants ont le sentiment qu’il est difficile d’aller à l’encontre des choix d’Edmond Hervé...
Les désignations de candidats ont toujours été effectuées à bulletin secret. Il est évident que j’ai pu avoir des souhaits parce que j’estimais que telle ou telle personne pouvait être meilleure que telle ou telle autre. Mais j’ai aussi été placé en minorité au sein du parti ! Je crois que c’était en 1978. Les militants de ma circonscription m’ont imposé un suppléant dont je ne voulais pas.
En 2008, vous avez imposé la candidature au Sénat de Virginie Klès (maire de Châteaubourg), non adhérente au PS…
Voilà une personne qui a soutenu des candidats PS aux législatives, qui a été très courageuse en s’affichant de gauche. Elle mène un combat rude. Il était tout à fait normal qu’elle intègre notre liste.
Comment expliquez-vous que personne n’ait affronté en interne Daniel Delaveau, « successeur » potentiel que vous avez adoubé, avant les municipales de 2008 ?
Il y a eu un appel public à candidatures. Daniel Delaveau a été le candidat unique et je l’ai soutenu. Maire de Saint-Jacques, vice-président de Rennes Métropole… Il avait le cursus pour exercer ces responsabilités. J’ai eu la chance d’être constamment suivi ou soutenu. J’insiste beaucoup : je n’ai jamais forcé quiconque à quoi que ce soit. J’étais maire et je participais à la vie du PS. Si les gens n’étaient pas d’accord, ils pouvaient le dire !
"Vous n’imaginez pas la dureté de la vie politique"
Pourquoi avoir soutenu le candidat Marcel Rogemont lors des législatives 2007, alors que celui-ci avait été radié du PS par la fédération nationale (lire Le Mensuel actuellement en kiosque) ?
Parce que Marcel Rogemont était un député très actif, très présent et très compétent. Il était de mon devoir de le soutenir. J’ai toujours dit qu’il fallait que cette fédération garde son indépendance vis-à-vis de Paris. Vous n’imaginez pas la dureté de la vie politique. Il faut choisir des personnes solides.
Ce genre de manœuvre ne freine-t-il pas le renouvellement des élites politiques locales ?
J’ai constamment veillé à renouveler mon équipe. Parmi les gens occupant la scène politique aujourd’hui, certains ont rejoint mon équipe en 2001.
Beaucoup d’élus de cette nouvelle génération ont un profil semblable : études supérieures, poste dans le cabinet d’un élu socialiste, élection dans une assemblée socialiste. Parvenus très vite aux responsabilités, ils disposent de peu d’expérience « civile » et militante. N’y a-t-il pas un fossé entre votre génération et celle des jeunes politiques professionnels ?
Oui, mais il ne faut pas verser dans la nostalgie. Ces personnes ont aussi leur militantisme. Ceux je connais ont tous exercé ou exercent encore des activités professionnelles.
Tous les politologues ne partagent pas votre avis…
Les politologues et les politiques ne dialoguent pas suffisamment. Je regrette d’avoir été très peu invité par certaines institutions universitaires. Il ne faut pas se complaire dans la critique systématique du fonctionnement politique. Ceux qui font des reproches, qu’ils s’engagent et mettent la main à la pâte !
"Je ne soutiens pas François Hollande contre Martine Aubry"
L’aile gauche du Parti socialiste progresse en Ille-et-Vilaine depuis quelques années. Or, la fédération départementale penche historiquement vers le centre. Y a-t-il un risque de scission ?
Non. Daniel Delaveau, par exemple, a toujours soutenu les motions de Michel Rocard. Je n’ai jamais soutenu ces motions…
Vous avez apporté votre soutien à François Hollande dans le cadre de la primaire citoyenne organisée par le PS. Votre « fils spirituel » Daniel Delaveau a soutenu Martine Aubry. Certains ont interprété ce choix comme une façon de « tuer le père »...
Cela ne me dérange pas du tout. Je ne soutiens pas François Hollande contre Martine Aubry, mais parce que c’est un homme que je connais, qui s’est préparé depuis longtemps et que nous avons de profondes convergences sur de nombreux thèmes. Ces choix n’empêchent absolument pas la solidarité.
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