Les Trans musicales, 33e édition, démarrent ce mercredi. Un marathon sonore s'annonce : mieux vaut ne pas partir sans munition. Parce que la brousse est dense, parce que la programmation regorge d'illustres inconnus, Le Mensuel a effectué un premier écrémage totalement subjectif. Libre à chacun, ensuite, d'errer de Cité en Liberté puis de hall en hall durant les quatre prochains jours. Bonnes Trans à tous !
JEUDI 1er décembre
Michael Kiwanuka
Le programmateur des Trans musicales, Jean-Louis Brossard, peu avare en élans d’enthousiasme musical, a déclaré lors de la présentation du festival que Michael Kiwanuka était « le nouveau Marvin Gaye ». Hmmmmm… Par nature, on se méfie des comparaisons dopées. Mais trêve de cynisme : et si Michael Kiwanuka pouvait effectivement revendiquer l’héritage du maître ? Le jeune Anglo-Ougandais écrit des ballades soul à vous tirer des larmes, arrangements de cordes et flûtes traversières à l’appui. Sa voix tutoie fréquemment les anges (écouter en priorité Tell me a tale). Tout cela alors qu’il n’a même pas encore publié son premier album (sortie prévue en mars 2012).
Jeudi 1er décembre, La Cité, 20 h 45
Saidah Baba Talibah
Impossible de ne pas penser aux viragos du funk en écoutant Saidah Baba Talibah. Cette Canadienne dispose de la même voix d’ébène charpentée, brisée, irrésistible, qu'une Betty Davis. Un organe de tigresse soutenu par une formation très électrique, distillant plus allègrement le blues-rock, voire le métal, que la soul mielleuse. Ce cocktail est propre, paraît-il, à incendier rapidement les scènes. A vérifier.
Jeudi 1er décembre, Le Liberté, 20 h 45
Capacocha
Autant le dire : à titre perso, la musique du combo batave n’est pas franchement notre tasse de thé. Mais s’il y a un concert qui s’annonce gros-délire-qui-tache, c’est bien celui-là, les Néerlandais semblant le fruit d’une partouze entre Peaches et les Beastie Boys : électro-funk-n’importe quoi. Leur nouvel album s’appelle Sacrifice to party. Le ton est donné : s’ils tiennent sur scène les promesses d’un riff comme celui de To make you feel better, ce sera la fête du slip au Liberté.
Jeudi 1er décembre, Liberté, 0 h 55
Vendredi 2 décembre
Colin Stetson
New History Warfare vol.2 est l’Ovni radical de l’année. Une secousse tellurique provoquée par un saxophone basse, ou la rencontre du Coltrane free-jazz, du minimalisme de Charlemagne Palestine, et d’une humeur à la Godspeed You ! Black Emperor, entre apocalypse et élégie. La papesse avant-garde Laurie Anderson chante sur son album, et Colin Stetson compte pour fans The National et Arcade Fire : n’en rajoutez-plus, on l’attend comme le messie. Cet Américain exilé à Montréal jouant de plusieurs instruments à la fois, on peut s’attendre à une performance physique du type costaud… Si l’acoustique du hall 4 ne ruine pas tout…
Vendredi 2 décembre, hall 4, 0 h 20
Nekochan
La belle Lyonnaise aux jolis tatouages a une formation de violoncelliste classique. Mais Chloé Arnaud va jouer quelque chose d’autrement plus sexy et remuant : un dubstep sophistiqué, avec des beats qui claquent comme un coup de sabre sur une pastèque. Elle n’a pour l’instant sorti qu’un maxi quatre titres. Portés par sa voix hypnotique et des mélodies orientales, deux d’entre eux ont des allures de futurs classiques. Et si elle joue le très lascif Wise, il n’est pas impossible que la Green room se transforme en quelque chose d’autrement plus moite qu’un simple dance-floor.
Vendredi 2 décembre, Green room, 23 h
Hollie Cook
Les Trans 2010 avaient sacré leurs reines : Janelle Monae (nu-soul) et Mia (électro bulldozer). Il se pourrait bien que Hollie Cook endosse la couronne cette année. Cette « fille de », née de l’union entre Paul Cook (batteur des Sex Pistols) et Jennie Matthias (chanteuse de The Belle Stars), n’a pas besoin d’invoquer son arbre généalogique pour impressionner. Sa voix ensorceleuse suffit. Paru cette année, son premier album éponyme contient plusieurs merveilles de reggae-rocksteady que ne renieraient pas d’illustres ancêtres jamaïcains.
Vendredi 2 décembre, hall 9, 23 h 15
SBTRKt
On hésitait entre cette formation au nom imprononçable et le set de Zomby, mais on se dit que ce dernier est plutôt parti pour plomber l’ambiance avec son électro aussi commode qu’un disque d’Autechre. On opte pour le mystérieux Aaron Jerome sur la recommandation de signature chez Young Turks, le label de Jamie XX. Choix casse-gueule, son premier opus s’impose par sa fusion dubstep, soul et house, avec de belles compositions minimalistes, crépusculaires, et parfois de vraies daubes frisant le David Guetta. A voir.
Vendredi 2 décembre, hall 9, 1 h 45
Samedi 3 décembre
Shabazz Palaces
Un groupe de rap signé sur Sub Pop, « le » label grunge par excellence, effectivement, il y a de quoi créer le buzz. D’autant que le duo de Seattle vient avec un bel objet dans ses bagages, un premier album qui sonne comme une rencontre entre le old-school et l’avant-garde. Ou des gens qui ont beaucoup écouté 36 chambers du Wu-Tang, mais aussi les blancs-becs du label Anticon. On les dit imprévisibles en concert et beaucoup plus accessibles que les tonalités parfois malsaines de l’album ne laissent présager. Une rareté en Europe, à ne pas manquer, donc.
Samedi 3 décembre, hall 4, 23 h 10
Janice Graham Band
Peut-on recommander un groupe sur la foi d’un unique single ? Allez, oui !, et si le reste du set vous endort, au moins danserez-vous sur Murder. Ce chef d’œuvre ska-dub constitue le quasi unique fait d’arme des quatre Mancuniens de Janice Graham Band. Mais quelle énergie ! 3’45 de cette désinvolture chaloupée qu’on n'avait pas entendue depuis le premier album des Dead 60’s. Reste à vérifier la faculté des gamins à tenir la tenir la route une heure durant, sans gaver l’assistance de contretemps répétitifs.
Samedi 3 décembre, hall 3, 1 h 30
Wolf People
C’est un miracle ! Les Wolf People mêlent folk californien millésimé années 60, hard-rock anglais et vieilles recettes hippies (sitar, flûtes…), mais leur musique ne sonne pas lourdingue. D’autres, à leur place, auraient ressemblé à des grands-pères nostalgiques répétant dans leur garage. Pas eux : une fraîcheur de gosses irrigue leur premier album, en même temps qu’une science de l’écriture et du rythme qui leur permet de ne pas se vautrer dans certaines ornières.
Samedi 3 décembre, hall 3, 4 h 45
RÉAGIR