La chambre régionale des comptes a passé au crible la gestion du service d’incendie et de secours d’Ille-et-Vilaine (Sdis 35). Une grosse machine, qui emploie 3 754 personnes, dont 628 pompiers professionnels (SPP), 155 agents administratifs et 2 969 pompiers volontaires (SPV) pour un budget total de 69 millions d’euros en 2010. Dans leur rapport rendu public il y a quelques jours, les magistrats se sont attachés à décortiquer la période 2005/2010. Le bilan dressé est « mi-figue, mi-raisin ».
66 € par an et par habitant
Les magistrats de la CRC estiment « satisfaisante » la situation financière du Sdis 35. Les pompiers du département coûtent 66,24 € par habitant à l’année. Un coût réduit pour un Sdis de cette catégorie. En France, le coût annuel des pompiers par habitant dans la même catégorie de Sdis avoisine 86 €.
Cette bonne moyenne s’explique, selon la CRC, par l’importance du nombre de SPV. Ils assurent 70% du volume horaire annuel. Toutefois, la CRC estime que l’engagement des SPV dans les centres les plus importants (à Rennes en particulier) demeurent encore trop modeste « au regard des ressources potentielles élevées ». Le développement du volontariat dans ces centres constitue donc un enjeu majeur pour le Sdis.
Délais d’intervention respectés
En 2010, le Sdis a effectué 49 002 interventions. Un chiffre en hausse de 16% depuis 2005. Le délai moyen d’intervention est de 13 minutes 27 secondes. Les pompiers sont donc dans les clous des 20 minutes imposées par la réglementation.
Plus de colonels, moins d'hommes du rang
La CRC note une progression de la masse salariale de 25% entre 2005 et 2010. L’augmentation du nombre de SPP a profité au corps des officiers qui a progressé de 15 postes sur cette période (+ 15%), avec une forte hausse des officiers supérieurs. Le nombre de colonels et de lieutenants-colonels a doublé, passant de 8 à 15 alors que le pourcentage d’hommes du rang a fléchi et rejoint celui des sous-officiers (40,5% de la masse salariale).
Organisation des gardes à faire évoluer
Les gardes du Sdis 35 sont effectuées sur des périodes de 24 h qui, selon la CRC, ne tiennent pas compte des variations d’activité (jour/nuit, été/hiver, etc.). Cette organisation génère un sureffectif dans les casernes rennaises, lesquelles concentrent 50% de l’’effectif professionnel total. La CRC préconise donc la mise en place de gardes de 12 h au lieu de 24 afin d’affiner les effectifs en fonction des besoins.
Trop de casernes en Ille-et-Vilaine ?
La CRC déplore l’absence de stratégie immobilière du Sdis 35. « Cette absence apparaît, certainement, comme la plus grande faiblesse » du service estiment les magistrats. « Le Sdis n’a jamais maîtrisé son réseau de centres alors que la loi lui en donnait les moyens. Dans ce contexte, la politique immobilière privilégie les initiatives individuelles au détriment des besoins opérationnels avec comme conséquence principale des surcoûts significatifs. » Traductions concrètes : avec 93 centres de secours (CS) répartis dans le département, le Sdis 35 dispose du plus fort réseau de casernes de sa catégorie. Presque 50% de plus que dans les autres départements bretons, qui en alignent une soixantaine. En dix ans, seuls quatre centres de secours ont fusionné.
59 CS ont été rénovés sur 93, selon des critères « d’opportunité » liés à la volonté des élus locaux, plus qu’à des besoins opérationnels. Ainsi, certaines collectivités n’ont pas souhaité investir dans la rénovation de CS à Rennes (Saint-Georges) et Fougères alors que ces derniers ne sont plus adaptés. Dernière conséquence de cette absence de stratégie : certains CS ont été surdimensionnés après avoir été surclassés.
Trop de voitures de fonction
Côté matériel. Avec 700 véhicules d’intervention, le Sdis 35 est bien doté. La CRC s’arrête cependant sur le grand nombre de véhicules de fonction alloués aux cadres du service (26). La CRC note que 4 d’entre eux ont été attribués à des personnels dont le statut ne répondaient pas aux critères liés à l’utilisation de ce type de véhicule. L’absence de limitation de kilométrages, de sérigraphie, ainsi que l’utilisation de cartes d’essence, voir de péages sont également soulignées par la CRC.
« Le chantier majeur des gardes »
Dans sa réponse adressée aux magistrats, le président du Sdis 35 indique qu’il va s’attacher à baisser progressivement le nombre de véhicules attribués aux cadres du service. Il estime que l’absence de stratégie immobilière pointée « appartient à un passé révolu depuis l’adoption en 2009 d’un plan pluriannuel immobilier cohérent ». Enfin, concernant les gardes de 24 h, le président du Sdis rappelle qu’il s’agit de prendre en compte la simultanéité des interventions. Il estime que le recours à des gardes de 12 h ne pourrait répondre à « toutes les problématiques ». Le président du Sdis estime néanmoins que cette question sera « le prochain chantier majeur » de son service. Un chantier qui ne saurait être mené sans entamer des négociations avec les représentants des personnels et des SPV , précise-t-il.
Retrouvez l'intégralité du rapport de la chambre régionale des comptes.
