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Arthur Nauzyciel, nouveau patron du TNB : "Je ne suis pas un intendant"
Mots clés : TNB
Arthur Nauzyciel est le nouveau directeur du Théâtre national de Bretagne (TNB). Ex-directeur du Centre dramatique national d’Orléans, celui qui est devenu acteur et metteur en scène malgré lui revendique un CV international. Son objectif : ouvrir le TNB à d’autres disciplines et d’autres publics.

 

L'intégralité de cette interview de 5 pages est à retrouver dans Le Mensuel de Rennes de janvier, en kiosques.

 

Le Mensuel : Issu d’une famille de juifs polonais, vous avez appris à compter avec les chiffres tatoués sur les bras de vos proches. Ceux de votre grand-père se retrouvent dans le nom de votre compagnie (41751). A quel point la Shoah a-t-elle conditionné votre rapport au monde ?

ARTHUR NAUZYCIEL : Cela marque au fer rouge ceux qui l’ont dans leur histoire familiale. Adolescent, j’en ai été le récipiendaire. Il m’a fallu mettre des mots sur les émotions pour les apprivoiser. D’où ma relation à la mémoire, la transmission, les fantômes, la force de la parole pour faire exister le monde... J’ai peut-être un souci de justice, de réparation par le théâtre. Les projets auxquels je me suis intéressé ont un rapport avec cette histoire originelle. Des gens comme Genet, Fassbinder ou Koltès ont donné la parole à ceux qui ne l’avaient pas.

Vos premières créations sont Le Malade imaginaire ou le silence de Molière et Combat de nègre et de chiens. Les thèmes abordés sont la famille, un monde blanc retranché sur lui-même…

Ces premières créations portaient les germes de ce qui allait se développer par la suite. J’ai créé Le Malade... qui parle de la rencontre entre Molière et sa fille. Elle avait refusé de devenir actrice et de jouer avec son père une scène écrite pour elle dans Le Malade imaginaire. J’y donnais la réplique à mon père car je voulais qu’il y ait un vrai père et un vrai fils sur scène. En jouant dans un spectacle à 72 ans, il réalisait un rêve que la guerre et les nécessités ont empêché. Après quoi il était clair pour moi que si je continuais le théâtre, ce serait en lien avec l’étranger.

C’est là qu’est arrivée cette proposition de faire un Koltès à Atlanta. J’ai choisi Combat de nègre et de chiens. Ce thème de l’altérité, de la peur de l’autre, pouvait faire sens avec l’histoire de cette ville (du sud des Etats-Unis, NDLR). Je n’ai pas de texte que j’ai envie de monter a priori. Ce qui m’intéresse, c’est le rapport d’un texte à un certain moment et dans un certain contexte.

A part votre frère, photographe, votre famille compte des artistes ?

Pas du tout. Mes parents avaient un petit magasin. Ils n’étaient pas des gens de culture. Mais ils étaient ouverts. Je voulais être réalisateur dès l’âge de 7 ans. J’étais au lycée dans ce qu’on appelle aujourd’hui une cité, dans la banlieue sud de Paris.

La documentaliste, Nicole Regnier, avait fait le pari un peu fou de nous emmener voir des spectacles à Paris deux fois par mois. Il n’y avait pas tout ce qui existe aujourd’hui en termes d’éducation artistique.Même si on ne venait pas d’un milieu culturel, elle nous mettait en face de l’exigence des meilleurs metteurs en scène : Ariane Mnouchkine, Peter Brooke… On ne comprenait rien, et je n’étais pas le dernier à mettre le bronx. Mais la force de ces propositions s’est imprimée en moi. Le premier spectacle que j’ai vu était d’Antoine Vitez à Chaillot. A moitié en ricanant, avec un walkman sur les oreilles. Sept ans plus tard, je passais le concours dans son école.

Mais, au fond, vous ne vouliez pas vraiment devenir acteur…

J’ai fait des études d’arts plastiques et de cinéma. J’avais créé un court métrage que j’avais envoyé de manière un peu audacieuse –je n’avais que 18 ans– à Philippe Léotard et Jacques Bonnaffé, des acteurs un peu connus à l’époque. Je devais savoir comment travaillait un grand metteur en scène comme Vitez. Mais il me semblait inatteignable. J’ai su qu’il organisait des auditions pour son école. J’en ai passé une, pensant qu’il serait dans le jury.

J’envisageais de lui demander à ce moment-là. Mais il n’y était pas. Trois mois après, j’ai reçu une lettre disant que j’étais pris dans l’école. Un choc. Je ne voulais pas devenir acteur, pas consciemment en tout cas. J’étais en fac, j’avais un boulot... J’y suis allé pour voir. J’étais à la ramasse question culture théâtrale. Je me contentais de regarder. Un jour, Vitez m’a dit : « Ça serait bien de savoir ce que tu fais là. » Je me suis mis à travailler... Mais j’ai toujours eu un petit sentiment d’illégitimité. Je pensais que chaque spectacle serait le dernier.

Quelles pièces allez-vous monter à Rennes ?

Il me semble important d’ouvrir la saison avec Julius Caesar de Shakespeare, qui sera joué en anglais. C’est en partie grâce à ce spectacle que je suis devenu l’artiste que je suis. Je l’ai créé à Boston en 2008. On répétait au moment des primaires entre Barack Obama et Hillary Clinton. La pièce parle de cette zone grise, ce moment où une république peut basculer dans une dictature. Je pense que ça va résonner en France. Mais aussi avec ce qui se passe en Europe et dans le monde.

Je ne me sentirais pas de me lancer dans une création ici sans d’abord raconter mon parcours au public. Les créations ne tombent pas du ciel. Un artiste se construit spectacle après spectacle. Le public aussi. Donc, pour la saison 2017-2018, je vais occuper le terrain. Il faudra présenter le travail d’artistes qui pour beaucoup ne sont jamais venus à Rennes. Symboliquement, la vraie différence est que pour la première fois, le TNB va être dirigé par un artiste. Ce n’est ni mieux ni moins bien. C’est un certain rapport au théâtre, au monde et au territoire.

Etant donné votre parcours aux Etats-Unis, comment avez-vous vécu l’élection de Donald Trump ?

Très mal. Beaucoup de mes amis là-bas ont été affectés. A quoi ressemblera le monde dans les mois qui viennent, avec aux manettes un homme qui représente un danger énorme pour léquilibre mondial (cet entretien a été réalisé le 19 décembre 2016, NDLR) ?

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