« Arrivée imminente… Arrivée imminente… », souffle un homme de la sécurité dans son micro-oreillette. Il est 11 h 49 ce mardi. Le président de la République débarque. Dans le petit hall l’accueillent notamment Jean-Yves Le Drian, président de la Région, et François Goulard, député-maire de Vannes. Nicolas Sarkozy a fait escale dans le Morbihan le temps d’une « petite visite ». Après avoir visité l’usine FenètréA, à Beignon, et discuté avec les salariés, le président a rendez-vous avec près de 600 élus morbihannais, réunis lors de l’assemblée des maires du département. Nicolas Sarkozy est attendu au tournant. La fameuse réforme des collectivités territoriales en préparation, débattue, critiquée, voire décriée, se trouve notamment au programme. Sept élus, de gauche comme de droite, ont prévu d’alimenter « cette rencontre républicaine », dixit Sarkozy himself. Discuter, débattre, oui, mais selon un planning rigoureusement établi déjà depuis plusieurs jours.
« Quelle est votre plus grande richesse en Bretagne ? »
Dans le collimateur également, le nombre de règlementations, de normes et de strates administratives auxquelles les édiles font de plus en plus face chaque jour. D’entrée de jeu, le président de l’Assemblée départementale des maires du Morbihan met les pieds dedans. « Ça fait quarante ans que je suis élu et quarante aussi que je vois les mesures s’entasser, dont la loi littoral, témoigne Jacques Le Nay. Comment expliquer qu’une zone d’activité ne peut se faire car elle se situe à 10 km du bord de mer ! »
Petit sourire en coin du président Sarkozy. « Je sais que cette loi a beaucoup de défauts. Mais enfin… Quelle est votre plus grande richesse en Bretagne ? C’est le littoral. Vous ne voulez pas devenir comme ces départements au territoire mité. Quelques aménagements sont possibles dans cette loi. Mais à en sacrifier le paysage. Jamais… jamais… jamais ! Ne passons pas d’un excès à l’autre. »
« Geler les dotations aux collectivités »
Jean-Luc Bléher, maire et président du pays de Guer, est le premier à ouvrir le bal sur un sujet fâcheux : la réduction des dotations de l’Etat aux collectivités. « En 2009, l’Etat a perdu 22% de recette, d’un coup, en raison de la crise financière. Mais vous avez touché au centime près ce que vous aviez touché en dotation l’année précédente », explique Nicolas Sarkozy. « Avec le premier ministre, nous avons décidé de geler les dotations. Pourquoi ? Vous voyez ce qui s’est passé en Grèce, en Irlande ? Vous voulez la même chose pour la France ? J’ai été élu pour ça ? Non. Si on veut diminuer le déficit, il faut geler les dotations. Chacun doit faire des efforts. »
« Personne ne comprend plus rien à l’organisation de la France »
Comme un refrain dans une chanson, la réforme territoriale est revenue plusieurs fois sur le tapis. « Je fais de la politique depuis 35 ans. J’ai connu tous les mandats. J’ai eu des hauts, des bas. J’ai réussi tout de même mais qu’est-ce que je me suis dit ? Personne ne comprend plus rien à l’organisation de la France. Commune, région, Etat… » Trop de strates existent pour le président. Lui désire une « simplification » du système pour une « meilleure lisibilité ». La réforme prévoit ainsi de réduire de 40% le nombre d’élus. « Des gens risquent de ne pas trouver leur place et ne seront pas contents. C’est vrai. Mais vous pensez qu’on aurait mieux fait de faire le contraire, d’augmenter de 40% le nombre d’élus ? »
« Tout va bien dans le meilleur des mondes ? Je ne le crois pas »
Sénatrice morbihannaise, Odette Herviaux émet, elle, des réserves. « Avec la réforme des collectivités, ne va-t-on pas assister à la fin de toute décentralisation ? » « Qui comprend aujourd’hui l’organisation ? », rétorque Nicolas Sarkozy. « Tout va bien dans le meilleur des mondes ? Je ne le crois pas. » A ce jeu de la simplification, le Morbihan serait toutefois parmi les bons élèves selon le président. « Vous avez réduit de 28% en cinq ans le nombre de syndicats intercommunaux. Il en reste encore 78. Il y a de la marge. »
Réunification bretonne
La dernière question, « la plus facile pour terminer », s’est amusé Nicolas Sarkozy, est signée Nelly Fruchard, maire de Plescop. « En 41, Vichy séparait la Loire-Atlantique de la Bretagne. Aujourd’hui, vous avez toutes les cartes en main pour répondre aux aspirations des Bretons et Bretonnes. » Réponse mode « Réforme térritoriale », sans surprise de la part du président de la République. « Dans cette réforme figure un article qui permet à un département, par délibération, de modifier ses limites territoriales et de lancer une consultation auprès de la population. Nous avons fait en sorte que vous ayez les clés en main. Ce n’est quand même pas au président de la République de vous dire que Nantes, c’est la Bretagne ! »

Autre remarque, quand on regarde la répartition des communautés dans le 35, la question pourrait se poser autrement. 35% sont des vrais bretons, les 65% autres sont soient peu ou pas bretons (gallos). Pourrait-on ne pas imaginer un 35 dans les pays-de-la-Loire ?
Sarkozy et la réunification de la Bretagne : «Prenez votre destin en main»…
En déplacement dans le Morbihan, Nicolas Sarkozy s’est exprimé sur la réunification de la Bretagne : « Dans la loi du 16 décembre 2010 sur la réforme territoriale, il y a un article qui permet à un département et deux régions contiguës de délibérer sur cette question. Ensuite, si les collectivités le souhaitent, une consultation populaire peut être organisée. Le projet peut donc être approuvé en référendum. Il y a une règle : qu’elle s’applique. Prenez donc votre destin en main. Vous avez les outils juridiques pour cela. »
Malheureusement le problème est bien plus compliqué que le président de la République semble vouloir le faire croire. L’article L4122-1-1 de cette loi précise en effet que le référendum qui détermine le regroupement d’un département et d’une région n’est valable que s’il obtient un vote majoritaire sur les deux régions et le département concernées.
La réunification ne dépend donc pas de nous, mais de la volonté des Pays de la Loire de bien vouloir organiser un référendum qui risquerait de leur faire perdre la Loire Atlantique, moteur économique de la région. Or même si les Pays de la Loire lançaient cette consultation les habitants du Maine et Loire, de la Mayenne, de la Sarthe et de la Vendée seraient amenés à se prononcer sur la réunification de la Bretagne qui n’est ni une de leur préoccupation ni dans leur intérêt étant donné que les Pays de la Loire sans la Loire-Atlantique ne pourrait être viable. De plus, comme le précise la loi, la réunification ne pourrait avoir lieu que si l’abstention ne dépasse pas 75% des électeurs inscrits. Cette clause est très étonnante dans le sens ou en France, d’un point de vue légal, l’abstention n’a pas de reconnaissance sur le résultat d’un scrutin public…
Cette loi présentée par Nicolas Sarkozy comme étant la solution à la partition de la Bretagne ne nous convient pas. Donner la possibilité aux autres départements des Pays de la Loire de décider si oui ou non nous pouvons nous réunifier conduit inexorablement à une impasse. La consultation dans les départements hors de la Bretagne dite « historique » doit se faire sur une réorganisation des régions qui les concernent véritablement par la création de deux nouvelles régions Val de Loire et Vendée-Poitou-Charente.
Alors que Jean Yves le Drian, président de la Région Bretagne et Patrick Mareschal président du conseil général de Loire-Atlantique ont affirmés qu’ils ne pouvaient lancer le processus de réunification, Nicolas Sarkozy nous dit aujourd’hui que ce sont les collectivités territoriales qui doivent s’y atteler.
Chacun se renvoie la balle et cela nous montre bien que seule une mobilisation massive des habitants de Bretagne nous permettra de prendre notre destin institutionnel en main et d’obtenir notre unité territoriale !
Alors rendez-vous à toutes et tous le 18 juin 2011 à Nantes pour faire entendre notre voix !
Le collectif 44=BREIZH
www.44breizh.com