Le Mensuel : Il y a deux ans, le Dal effectuait sa première réquisition pour loger des demandeurs d’asile à la rue. Une vingtaine d’ouvertures de squat plus tard, quel bilan tirez-vous ?
Yannic Cottin et Michel Guerin, porte-parole de l'association Droit au logement : La situation des demandeurs d’asile empire en Ille-et-Vilaine. Les primo-arrivants sont de plus en plus nombreux. L'offre de logements reste insuffisante. Le budget du 115 (plateforme téléphonique chargée de l’hébergement d’urgence des sans-abri, NDLR) baisse. La mairie de Rennes, comme la préfecture, agissent avec le plus profond cynisme. Le municipalité rédige des communiqués de presse d'un côté et nous expulse de l'autre. L’Etat, lui, n’hésite pas à envoyer des demandeurs d’asile là où il n’y a pas de logements à proposer...
Combien de demandeurs d’asile dorment à la rue à Rennes ?
Il y a un an, nous aurions répondu une centaine. Aujourd’hui, ils sont au moins 200. C’est le nombre de personnes que nous mettons tous les soirs à l’abri dans cinq squats et un campement.
En décembre, les médias locaux et nationaux s'étaient penché sur le squat de la rue Postel, à Rennes, où des familles vivaient dans des conditions précaires. La municipalité et la préfecture avaient finalement relogé les squatteurs…
Ils ont percé la bulle médiatique créée autour de ce squat. Aujourd’hui, les 80 places promises ne sont toujours pas opérationnelles. Elles existent, mais ne sont pas pérennes. Le plan Chorus, mis en place par la municipalité ? 48 des 75 places sont occupées par des personnes qui devraient être logées en Cada.
Lors de l’expulsion du squat de la rue de Fougères, en mai, 140 personnes ont été évacuées avec la promesse d’un relogement. Après six semaines à l’hôtel, elles ont été mises dehors. Une centaine d’entre elles est donc revenue dans nos squats… Il s'agit de célibataires, de familles, d'enfants... Le même jour, l’Etat mentait à la Cour européenne des droits de l’Homme, en expliquant que toutes les personnes avaient été relogées...
Depuis quelques mois, la stratégie de réquisition du Dal a changé. Vous squattez des bâtiments dans l’agglomération de Rennes (Saint-Sulpice, Thorigné-Fouillard, Noyal-Châtillon, Cesson…) Pourquoi ?
A partir du moment où la ville de Rennes botte en touche, nous devons trouver des solutions. Trois communes (Noyal-Châtillon, Chevaigné et Cesson-Sévigné) nous ont aidés ponctuellement. Nous opérons de la sorte pour interpeller les élus de l’agglomération. Si chaque commune de Rennes Métropole accueillait une dizaine de demandeurs d’asile, il n’y aurait plus personne à la rue.
Selon les élus, cela génèrerait un appel d’air. les demandeurs d'asile seraient plus nombreux à affluer à Rennes…
Si tous les départements français agissaient, nous n’aurions pas ce genre de problèmes à Rennes. Les préfectures se défaussent les unes sur les unes autres pour ne pas faire preuve de solidarité…
Nous allons poursuivre notre action. L'usure ? Il ne faut pas compter dessus. Lorsque nous voyons une femme à la rue avec ses enfants, nous nous devons de réagir.
1 réaction
Les décideurs jouent bien l'usure pour maintenir en l'état une situation intolérable qui fait honte au pays des droits de l'Homme
C'est un processus bien connu qui consiste à renvoyer à l'autre et faire tourner en rond des demandeurs à bout de force pourtant!
Que cette association soit honoré pour son engagement tant dans la durée que l'efficience dont elle fait preuve, pas facile à faire sous la pression ça!
Qie demande t-elle au juste?
Le respect des lois et règlements
Une solidarité intercommunale qui fait grandement défaut dans une Agglo qui donne pourtant en leitmotive accueillir les habitants (quelle farce!)
La question des demandeurs d'asile n'est pas à coup sur une question bling-bling,..à ce niveau les réponses fusent plus vite au plan locale que la solidarité?