Le Mensuel : Les Etats généraux de la fête, en 2005, ont effectué un diagnostic des pratiques de la fête. Quel a été votre constat ?
Benoît Careil : Depuis la fin des années 90, on observe deux phénomènes conjoints : une diminution de l’offre culturelle dans les bars due à la lourdeur des réglementations et une augmentation du coût de la vie. Pour les jeunes, le pouvoir d’achat s’est réduit comme peau de chagrin. Leur budget festif en a pris un coût. Résultat : ils font au plus simple et au moins cher. Ils se retrouvent dans la rue pour des soirées qui ne satisfont personne. Ni les habitants qui sont excédés par les nuisances, ni les jeunes qui, même s’ils vivent, comme dans tout rassemblement festif, des moments extraordinaires, préféreraient avoir de véritables lieux pour s’amuser.
On a également vu apparaître une nouvelle pratique : la biture expresse…
Forcément : quand il fait froid et qu’il pleut, mieux vaut boire vite pour oublier rapidement le côté désagréable de faire la fête dehors. Ceci dit, cette explication est un peu schématique. La biture expresse est également à mon sens le résultat d’une autre évolution. Depuis les années 60, les générations s’isolent les unes des autres. Il y a de moins en moins de discussion et de proximité dans la pratique festive. Avant, on allait au bistrot avec son père ou on expérimentait le vin en famille. Aujourd’hui, chacun fait la fête de son côté. Les jeunes expérimentent seuls l’ivresse et la pratique festive. La biture expresse s'impose presque comme une sorte de rituel pour s’intégrer.
Existe-t-il des solutions pour inverser cette tendance ?
Il faut créer des événements qui parlent à toutes les générations. Les Trans musicales en sont un exemple, mais aussi les finales de matchs de foot ou les 14-Juillet. Et puis il faut des lieux où les jeunes peuvent se retrouver entre eux. La mairie a lancé la Nuit des 4 jeudis, c’est déjà bien… Mais il faut une proposition plus diversifiée : des rave parties, des boîtes de nuit gratuites. Chacun doit pouvoir s’y retrouver pour s’amuser. Cela demande une véritable prise en compte politique de la problématique des festivités. La fête est essentielle dans une ville.
D’après-vous, est-il encore possible de faire la fête dans le centre-ville de Rennes ?
Envoyer la fête en périphérie serait un cache-misère. On a vu ce que ça donnait à Bordeaux ou à Nantes avec l’île Beaulieu. On crée des zones sans adulte ou la prise de risques est alarmante. Ce ne serait une solution que pour la tranquillité des habitants. Et ça continuerait de créer des clivages entre ceux qui peuvent se payer une entrée dans l’une des trop rares discothèques du centre de Rennes et les autres.
Je repose donc ma question : est-il encore possible de faire la fête dans le centre-ville ?
Si je dois répondre par « oui » ou par « non »… je dirais « non ». A l’heure actuelle, il n’y a plus de lieux pour accueillir les jeunes dans leurs pratiques festives.
2 réactions
En tant que fêtard, je veux bien à la rigueur qu'on me range de temps en temps à l'intérieur quand il pleut ou qu'il fait froid (sauf quand ya de la neige héhé). Faut pas non plus me prendre pour une none, si ya pas le droit de picoler ben j'y vais pas. J'ai aucune envie de me cacher ou de picoler un mix en trois secondes à l'entrée (c'est peut être grâce à vos conneries que votre médiatique "biture express" est née bien qu'à mon avis le fait que ce soit vraiment nouveau reste encore à prouver)
Fermer tôt les bars c'est super efficace l'hiver, comme j'aime ni me les cailler, ni les bars de clubbers ou le demi est hors de prix, bah je traine pas trop après 1h (ou si je suis motivé je vais au tif et je rentre à trois heures).
Moi ce que j'aime c'est faire la fête dans la rue ou dans les parcs quand il fait beau. La rue est plus éclectique qu'aucun bar ou aucune salle de concert, même si c'est ça tend à se sectoriser un peu aussi. Bref, je pense que la fête dans la rue contribue à lever les barrières sociales. Chers élus, habitants, amis de la préfecture et du ministère de l'intérieur : je vous invite à venir faire parti du peuple dans sa grande diversité qui fait la bringue entre la place Ste anne et la place des Lice. Vous y verrez des punk à chien bien sûr, mais aussi des babos, des survet-baskets-casquette, des cravateux endimanchés, des poulettes en mini-jupe, des bogoss en jean trop serré, des gothiques, des premiers de la classe, des papa-mamans bien rangés, des teuffeurs, des cheveux gris, des barbus, des homos, des chauves, des shtoumpfs en congés, des hétéros, des cathos, des arsouilles et des gens sobres aussi.
Vous trouvez ces rassemblements dangereux et souhaiteriez qui les lieux de fête soient plus disséminés, vous obtiendrez des lieux de fête spécialisés comme dans beaucoup d'autres villes. Ici les bourgeois, là les punks, là-bas les étudiants branchouilles, ici les jeunes de banlieue... Y'aura moins de bazar à Ste Anne, mais la ville de rennes perdra un formidable outil de mixité sociale.