Oubliez les frontières communales de Rennes Métropole. La véritable frontière du territoire est symbolisée par la Vilaine. Les ménages les plus aisés vivent au nord du fleuve, les plus modestes au sud. Cette répartition est le résultat du développement historique de l'agglomération. C'est ce qui ressort d'un rapport publié par l'Audiar, l'agence d'urbanisme de Rennes Métropole, en partenariat avec l'Insee, ce mercredi.
Le nord de Rennes, riche et pavillonnaire
Les huit communes de Rennes ayant un revenu médian* supérieur à 22 000 € sont toutes situées au nord de Rennes : citons Saint-Grégoire, Cesson-Sévigné... Profil type du résident : cadre de plus de 45 ans, diplômé du supérieur, occupant un logement de six pièces ou plus. Près des deux tiers des ménages de ces huit communes sont propriétaires de leur maison. C'est le fruit du développement dans les années 70 et 80 du modèle de la maison individuelle, très en vogue dans ces communes. Mais aussi celui de l'implantation d'emplois de services, ou liés à l'information et la communication. Le site de Rennes Atalante, par exemple, est situé au nord-est de Rennes.
Même à l'intérieur de la ville de Rennes, les quartiers nord sont les plus aisés. Le Thabor et la Bellangerais prennent la pôle position des zones les plus riches. Au Thabor, près d'un ménage sur deux dispose de revenus supérieurs à 27 517 euros par unité de consommation**. C'est dans ce périmètre nord que l'on retrouve les lieux de pouvoir, tels que la préfecture, le centre hospitalier régional ou l'hôtel de région. Là encore, cette situation prend source dans l'histoire : au XIXe siècle, la ville haute logeait notables, artisans et commerçants. La vieille ville s'est également développée en évitant les zones inondables. Seule exception : le quartier de Maurepas, qui fait partie des plus pauvres de Rennes.
Le sud, plus modeste et plus industriel
Les communes de la couronne sud de l'agglomération abritent davantage de jeunes ménages locataires. Ils sont souvent arrivés récemment dans leur logement : quatre ménages sur dix ont emménagé il y a moins de deux ans. Ils sont davantage mobiles que dans le nord de Rennes : autrement dit, ils ne travaillent pas forcément à proximité de leur zone de résidence. Les emplois ne manquent pas, pourtant. Les zones industrielles se sont développées depuis les années 1950 principalement au sud de Rennes. Citons La Touche-Tizon, où est implantée l'usine PSA, mais également la ZI Sud-est, la zone d'activité de Saint-Jacques-de-la-Lande, du Rheu.
A l'intérieur de Rennes, le sud de la gare abrite des ménages plus proches des revenus moyens observés dans l'agglomération. Les quartiers les plus pauvres se situent encore plus au sud. Le Blosne est surtout habité par des familles modestes. Six ménages sur dix ont un revenus par unité de consommation inférieur à 13 605 euros. Bréquigny, dans une moindre mesure, fait également partie des zones modestes.
Mixité en centre-ville
Le quartier le plus mixte reste le centre-ville. On y trouve des ménages jeunes et plus anciens, modestes comme aisés, cadres et étudiants. Les quartiers excentrés plus récents accueillent ce même type de contraste. Des ménages aux revenus hétérogènes vivent à Beauregard au nord, Cleunay à l'ouest, les Longs-Champs à l'est.
*Revenu qui coupe la population en deux. Une moitié gagne moins, l'autre plus.
**L'unité de consommation est une mesure utilisée par l'Insee qui prend en compte les économies d'échelle résultant de la vie en groupe.
3 réactions
L'AUDIAR ferait-il dans la tautologie ?
Nous payons des gens chargés de pondre des rapports sur des faits que chaque Rennais doué d'un certain bon sens est capable de deviner tout seul !
Le prochain rapport de l'AUDIAR nous indiquera sans doute que les rocades sont saturées le matin vers 9h00 et fluides en dehors des heures de pointe.
Avec ça, on ira loin.
En revanche, je suis moins d’accord sur le reste : "on est plus riche [au nord] (...) il est d'ailleurs significatif d'observer les résultats des dernières élections locales : c'est là que les Verts réalisent leurs meilleurs scores !"
Si vous voulez dire par là que voter Europe Écologie Les Verts (EELV) est bourgeois, lisez leurs propositions : c'est nettement plus à gauche que celui du PS. Et je ferai également remarquer qu'aux dernières élections cantonales, les seuls cantons où EELV s'est maintenu au second tour sont trois zones géographiques (Bruz, Chateaubourg et Rennes Sud Est) pas spécialement au nord de Rennes.
En ce qui concerne la topographie de Rennes, plus que d'une frontière ne peut-on pas parler d'une double frontière ? : la première est naturelle et historique (antiquité et ancien régime) au nord de la Vilaine. La deuxième, à la charnière du XXième siècle, se situe au sud de la voie de chemin de fer, plus infranchissable que le fleuve. Entre les deux des quartiers dans le style "Haussmannien" de bourgeois et de classes moyennes, mais surtout de grands édifices symboles de la République triomphante : le Lycée, la Gare, le Palais du commerce, les prisons, Musée, Universités, L'Ouest-Eclair, caserne Colombier, l'Arsenal, etc...